L’homme politique : l’acteur oublié par les méthodes Agiles

imageJean-François Jagodzinski a publié il y a quelque temps un billet sur le  sujet Forfait informatique et pratique agile.

Ce sujet est central pour espérer faire décoller l’utilisation des pratiques des méthodes Agiles dans les entreprises, et ne pas le cantonner au rang d’expérience ponctuelle. L’Agilité étant une caractéristique importante de l’Entreprise 2.0, je vais également traiter ce sujet.

Jean-François s’intéresse au rôle de certains acteurs du projet que sont le commercial et l’acheteur. Il nous dit en conclusion que :

On n’a pas parlé du logiciel jusqu’ici. Fondamentalement il n’est pas essentiel dans ce jeu. […]

Les acteurs intéressés par le logiciel existent mais ils n’ont pas en général la capacité à mettre en avant sa valeur. […]

Les méthodes agiles reposent sur ces acteurs intéressées par la valeur. Scrum donne les moyens aux équipes de la produire rapidement et au métier de piloter sa création.

La contractualisation au forfait classique n’est pas seulement inadaptée aux méthodes agiles, elle ne donne pas la main aux acteurs qui ont un intérêt dans la finalité du projet mais seulement à ceux qui ont un intérêt dans une équation commerciale.

Plusieurs phrases appellent un commentaire.

Le cadre forfaitaire peut cohabiter avec les méthodes agiles

imageTout d’abord l’inadaptation du cadre forfaitaire. Elle n’est pas irrémédiable. Chez Atos Origin nous avons déjà mis en oeuvre avec succès des démarches Agiles sur des parties particulièrement floues de certains projets, dans un cadre forfaitaire contractuel global qui rassure à la fois l’acheteur et le fournisseur qui veut maîtriser ses risques. C’est notamment le cas pour les définitions et réalisations des IHM en technologies RIA (flex, GWT, Silverlight…).

Mais je voudrais surtout insister ici sur une lacune importante de toutes les méthodes Agiles, qu’il est indispensable de combler si on veut promouvoir les méthodes Agiles à une adoption plus systématique.

Ce constat est issu de mon expérience, et de nombreuses discussions avec des grands ou petits intégrateurs, des commerciaux, mais aussi avec des membres de DSI des plus grands groupes français.

L’homme politique, un acteur important du projet dans l’entreprise

imageLes méthodes Agiles ne prennent pas en compte un acteur essentiel du projet : l’homme politique. Son existence peut expliquer bon nombre de dérives des projets.

Commençons par son écologie. Dans l’entreprise , l’homme politique est une personnalité qui s’épanouïe dès que la dimension de l’organisation atteint une taille critique. En deçà, il ne trouve pas suffisamment de substance pour subsister. L’homme politique se nourri de pouvoir, et il se réalise en augmentant sa sphère de pouvoir. C’est son principal objectif.

Le pouvoir se mesure dans les directions des entreprises à la taille du budget que l’on gère. Si vous avez lu Mars et Venus, vous savez que cette logique de quantification est un comportement social typique de Mars😉

L’homme politique, puisqu’il accumule du pouvoir, se retrouve toujours bien placé dans les organigrammes. Ce n’est pas foncièrement un nuisible, et il a souvent des talents de négociateur et d’entremetteur qui peuvent être très utiles à l’entreprise.

L’homme politique est un surfeur

imageQuand l’homme politique pilote ou influence un budget, il peut se produire un conflit entre son intérêt personnel et celui du projet. Le projet n’est pas obligatoirement au forfait d’ailleurs, le cas se produit aussi avec des (gros) projets menés en interne.

La dynamique est la suivante : Quand le projet connait une difficulté importante, l’attention de l’homme politique n’est pas portée en priorité vers sa résolution, mais vers l’exploitation de cette difficulté à des fins de pouvoir. Ce n’est pas un pompier pyromane, il n’allume pas l’incendie lui-même. Mais je rejoins Jean-François sur le fait que fondamentalement le projet n’est pas essentiel dans ce jeu.

Un projet qui connait des difficultés, c’est souvent un projet dont le budget dérape. Davantage de budget, c’est plus de pouvoir pour son pilote. Entre hommes politiques, on ne se jauge pas à l’aune des projets réussis dans le respect des coûts et délais (ils sont donc considérés comme étant des projets faciles, puisqu’ils n’ont pas dérapé), mais à celle des projets en dérapage qui ont finalement abouti (si ils ont dérapé, c’est la preuve qu’ils étaient difficiles). Qui vainc sans péril triomphe sans gloire, dit le proverbe.

L’homme politique surfe sur les vagues causées par les difficultés du projet.

Son intérêt personnel n’est donc pas d’alerter sa hiérarchie dès la première difficulté, mais de prendre des mesures dont l’efficacité est relative, et retarde le moment où, le feu de paille s’étant mué en brasier, il pourra solliciter un des ses amis hommes politiques pour obtenir une ralonge de budget. Entre eux deux, c’est du gagnant-gagnant. Tu accrois mon budget, et je te suis redevable.

Le hiatus entre l’homme politique et les méthodes Agiles

image Quelqu’un qui pilote un projet de 10 millions est un chef. Quelqu’un qui pilote un projet de 20 millions est un grand chef. Quelqu’un qui pilote un projet de 12 millions mais qui dérape jusqu’à 25 millions devient un vrai grand chef. Il existe aussi des projets de 50 millions, l’ambition aidant.

Or, que nous propose les méthodes Agiles : d’accroitre la visibilité sur les dérives des projets. Elles reposent sur des acteurs intéressées par le succès du projet, dans le respect des engagements initiaux. Où est l’intérêt de l’homme politique là-dedans ?

Repenser l’adoption des méthodes Agiles

image C’est pourquoi je dis sur la lancée de Jean-François : les méthodes Agiles sont inadaptées à la gouvernance actuelle des projets; elles ne donnent pas la main aux acteurs qui ont un intérêt dans une équation personnelle mais seulement à ceux qui ont un intérêt dans la finalité du projet.

Prenons par exemple la naissance de XP. L’histoire raconte que la méthode est née dans un grand groupe, qui avait épuisé toutes les méthodes classiques pour faire réussir un projet vraiment stratégique. Dans ces conditions qui pouvaient mettre en cause leur survie dans cette entreprise, les hommes politiques de cette organisation ont remis les clefs de la gouvernance aux autres acteurs du projet. Ca a marché, mais plus important, il s’agit là d’une situation exceptionnelle de l’entreprise qui a justifié cette décision.

Dans le cadre d’un forfait, le jeu est un peu plus subtil et pourra consister à faire payer le fournisseur, qui s’est engagé, une partie importante de la dérive. L’homme politique diminue ainsi le recours à sa hiérachie et peut quand même accrocher à son palmarès le budget total du projet, qui est en hausse.

Le simple fait qu’une méthode Agile ait beaucoup plus d’avantages prouvés que la méthode classique de conduite du projet ne prédispose en aucune façon sa capacité à être adoptée à large échelle, si elle ignore un acteur clef de la gouvernance comme l’est l’homme politique.

Dans un prochain billet, nous aborderons quelques idées pour inciter l’homme politique à accepter une démarche Agile. D’ici là, nous lirons avec attention vos réactions !

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